Un enfant prend une peluche. Quelques secondes plus tard elle parle. Il pose ensuite une petite figurine sur la table et lui donne un autre caractère. Cela parait tout simple. Pourtant beaucoup d’enfants font exactement la même chose. Ils inventent des voix, des disputes, des histoires et quelquefois même des familles entières avec trois jouets. L’objet ne bouge presque pas. Mais dans leur tête il est déjà devenu quelqu’un.

Cette façon de jouer ne demande pas forcément un jouet sophistiqué. Une cuillère peut devenir un personnage. Une chaussette aussi. Une marionnette facilite naturellement le jeu car elle possède déjà un visage, des bras et souvent une expression. Mais ce qui compte surtout vient de l’enfant. Il regarde l’objet et décide qu’il peut parler. À partir de là, tout devient possible.

Un objet commence à vivre dès que l’enfant lui invente une personnalité

Les enfants ne jouent pas seulement avec la forme d’un jouet. Ils lui donnent rapidement un caractère. Celui-ci est gentil. L’autre se fâche facilement. Un troisième a peur de tout. L’enfant ne possède pas forcément une histoire préparée avant de commencer. Elle arrive pendant le jeu. Une phrase en entraîne une autre et le personnage se construit presque tout seul.

C’est pour cela qu’un objet assez simple peut rester intéressant longtemps. Il n’impose pas toujours son histoire. L’enfant peut changer son rôle le lendemain. Le personnage qui était un pirate devient médecin, puis voyageur ou simple ami. Il faut quelquefois très peu de choses pour alimenter beaucoup d’imagination.

La voix permet de séparer le personnage de celui qui le fait parler

Lorsqu’un enfant change sa voix, quelque chose se passe. Il sait naturellement que c’est lui qui parle. Pourtant il accepte pendant quelques minutes que la parole appartienne à quelqu’un d’autre. La voix plus grave, plus aiguë ou simplement différente donne au personnage une existence supplémentaire.

Cette séparation est encore plus forte avec une marionnette. L’enfant regarde parfois directement le personnage lorsqu’il lui répond. Il oublie presque sa propre main. C’est le même principe que dans un spectacle. Tout le monde sait qu’un artiste anime le personnage. Mais si celui-ci est bien construit, le regard finit quand même par aller vers lui.

Une marionnette en bois apporte une sensation différente d’un jouet moderne

Le bois possède une présence particulière. Il est dur, possède un poids et fait quelquefois un petit bruit lorsqu’on le pose. Une marionnette construite dans ce matériau ne donne donc pas la même sensation qu’une peluche. L’enfant la manipule autrement. Il doit souvent prendre davantage le temps de comprendre comment les bras, les jambes ou la tête peuvent bouger.

Certains personnages sont aussi immédiatement reconnaissables. Pinocchio en est un bon exemple. Son histoire, son nez et son corps de pantin font partie de l’imaginaire collectif. Pour découvrir plus précisément ce personnage en bois, on retrouve justement tout ce qui peut attirer un enfant : une silhouette simple, une histoire connue et un personnage qui semble déjà prêt à parler.

Les enfants n’ont pas besoin qu’un personnage soit parfaitement réaliste

Un adulte peut regarder une marionnette et voir immédiatement le bois, les fils ou la main qui la fait bouger. L’enfant voit souvent autre chose. Il accepte plus facilement les règles du jeu. Le personnage n’a pas besoin de cligner des yeux ni de bouger comme une vraie personne. Quelques mouvements suffisent.

C’est même quelquefois préférable. Lorsque tout est déjà prévu, l’imagination possède moins de place. Une marionnette très simple laisse l’enfant compléter ce qui manque. Il imagine l’endroit où elle habite, sa façon de penser et les personnes qu’elle connait. Le jouet lui donne seulement le début. Lui invente la suite.

Inventer une conversation aide aussi à mettre des mots sur ce que l’on ressent

Un enfant peut faire dire à sa marionnette quelque chose qu’il ne dirait pas directement. Le personnage a peur. Il est jaloux. Il ne veut pas aller quelque part. Il trouve quelque chose injuste. Naturellement cela ne signifie pas que chaque phrase possède une signification cachée. Quelquefois l’enfant joue simplement.

Mais la distance créée par le personnage peut l’aider à parler. Il n’est plus obligé de dire « moi j’ai peur ». La marionnette peut avoir peur à sa place. Ensuite une autre figurine arrive et lui répond. Le jeu permet alors d’essayer des mots, des réactions et même plusieurs solutions. Tout cela sans transformer la scène en leçon.

Le théâtre commence souvent avec beaucoup moins qu’une scène et un rideau

Deux chaises peuvent devenir un décor. Une table devient une maison. Un drap suffit pour cacher les mains. Les enfants n’ont pas besoin d’un vrai théâtre pour commencer à jouer. Dès qu’un personnage parle devant quelqu’un, une petite scène existe déjà. Le spectateur peut être un parent, un frère ou simplement une autre marionnette.

Cette envie de jouer un rôle ne disparait d’ailleurs pas forcément avec l’âge. Le théâtre reste une activité de groupe qui permet de parler, bouger et interpréter. Même beaucoup plus tard, cette pratique garde son intérêt, comme le montre cet article consacré au théâtre comme activité pour les seniors. L’enfant utilise une marionnette. L’adulte ou le senior peut monter directement sur scène. Mais dans les deux cas il faut accepter de devenir quelqu’un d’autre pendant quelques instants.

Les grands-parents peuvent entrer très facilement dans le jeu

Une marionnette crée facilement un pont entre les générations. Le grand-parent connait quelquefois l’histoire depuis longtemps. L’enfant connait une version plus récente ou ne connait presque rien. Alors chacun apporte quelque chose. L’un raconte. L’autre invente. Et la marionnette passe d’une main à l’autre.

Cette dimension intergénérationnelle fonctionne aussi dans les activités théâtrales. Bouger, parler et improviser ne sont pas réservés à une seule tranche d’âge. L’article consacré à un atelier théâtre pour seniors montre bien que l’expression et le jeu peuvent continuer très longtemps. Un enfant qui regarde un grand-parent jouer comprend aussi que l’imagination n’est pas seulement une affaire d’enfants.

Une marionnette peut faire raconter la même histoire de plusieurs façons

On peut connaitre l’histoire de Pinocchio et pourtant la raconter autrement. L’enfant peut commencer au milieu. Il peut oublier un personnage. Il peut aussi inventer une fin complètement différente. Cela ne pose aucun problème. Le but du jeu n’est pas toujours de respecter le texte original.

Cette liberté est importante. Elle montre que l’histoire peut devenir un matériau. L’enfant prend ce qu’il connait et le mélange avec ce qu’il imagine. Pinocchio peut rencontrer un dinosaure. Guignol peut arriver dans une fusée. Pour un adulte cela semble absurde. Pour un enfant cela peut fonctionner parfaitement.

Les personnages qui se trompent intéressent souvent davantage les enfants

Un personnage parfait devient vite prévisible. Celui qui fait des erreurs possède davantage de choses à raconter. Pinocchio ment. D’autres personnages sont maladroits, gourmands ou trop curieux. Les enfants comprennent ces défauts et peuvent même les trouver amusants.

Le personnage peut alors apprendre quelque chose. Ou pas. Quelquefois l’histoire recommence et il se trompe encore. C’est justement ce qui permet de créer de nouvelles situations. Le défaut devient une partie du personnage et donne une raison de continuer à le faire parler.

Le rire arrive souvent lorsque la marionnette comprend tout de travers

Les enfants aiment beaucoup les personnages qui interprètent mal une consigne. On leur demande d’aller chercher un chapeau et ils rapportent une chaussure. Quelqu’un explique quelque chose de très simple et la marionnette comprend exactement l’inverse. Le public sait déjà ce qui devrait arriver. Le personnage, lui, se trompe.

Cette mécanique est ancienne mais elle continue de fonctionner. Elle donne aussi à l’enfant une position agréable : cette fois c’est lui qui sait. Il peut corriger le personnage. Lui crier la réponse. Et quelquefois la marionnette continue volontairement à ne rien comprendre. Les rires viennent facilement.

Les histoires jouées développent un vocabulaire différent de la conversation quotidienne

Quand un enfant joue, il utilise quelquefois des mots qu’il n’emploie pas pendant le repas ou à l’école. Il imite une expression entendue dans un dessin animé, invente une formule ou donne une façon de parler particulière à son personnage. Cela enrichit naturellement le jeu.

Il apprend aussi à construire un échange. Un personnage pose une question. L’autre doit répondre. Puis quelque chose se produit. Il faut donc conserver un petit fil dans l’histoire. Naturellement tout peut partir dans tous les sens. Mais même ce désordre oblige l’enfant à relier les idées entre elles.

Une marionnette n’a pas besoin de parler pendant une heure pour intéresser

Les adultes préparent quelquefois trop. Ils pensent qu’un spectacle pour enfant doit durer longtemps pour être intéressant. Pourtant une petite scène de cinq minutes peut suffire. Surtout lorsque l’enfant participe lui-même. Il fait parler le personnage, puis passe à autre chose.

Le lendemain il peut recommencer. Une histoire très courte aujourd’hui devient plus longue une autre fois. Il ne faut pas forcément imposer une durée. Le jeu s’arrête lorsque l’enfant n’a plus envie de continuer. Et quelquefois il revient naturellement quelques heures après.

Le personnage peut servir de partenaire lorsqu’un enfant joue seul

Jouer seul ne signifie pas forcément rester silencieux. Beaucoup d’enfants organisent eux-mêmes une conversation entre plusieurs personnages. Ils changent de voix et passent d’un rôle à l’autre. Une petite scène peut ainsi réunir cinq personnages alors qu’un seul enfant se trouve dans la pièce.

Cela demande de l’imagination mais aussi une forme d’organisation. Il faut se souvenir de celui qui parle et de ce qui vient d’être dit. Naturellement l’histoire peut se contredire. Personne ne va venir vérifier. Mais l’enfant construit quand même son propre petit monde.

Ce que l’enfant peut trouver dans différents jeux de personnages

Tous les objets ne provoquent pas exactement le même jeu. Une peluche appelle souvent le câlin ou l’histoire douce. Une figurine permet facilement d’inventer une aventure. La marionnette pousse davantage à parler car elle est construite pour devenir un personnage devant quelqu’un.

Le tableau suivant ne donne pas de règle. Un enfant peut naturellement utiliser n’importe quel objet autrement. Il montre seulement pourquoi certains supports conduisent plus facilement vers certaines formes de jeu.

Objet utilisé Jeu souvent imaginé Ce que l’enfant peut inventer
Marionnette Dialogue et petite scène Voix, caractère, histoires et réactions
Peluche Compagnon ou personnage familier Soins, aventures et conversations
Figurine Aventure et déplacement Combats, voyages, métiers ou familles
Objet détourné Jeu totalement libre Transformation d’une cuillère, boîte ou chaussette en personnage
Déguisement L’enfant devient lui-même le personnage Gestes, paroles et situations jouées directement

Fabriquer soi-même le personnage change encore la relation

Une marionnette achetée est immédiatement prête. Mais fabriquer un personnage possède aussi beaucoup d’intérêt. Une chaussette, du carton, quelques morceaux de tissu ou une cuillère en bois peuvent suffire. L’enfant décide des yeux, des cheveux et de l’expression.

Ensuite il donne une personnalité à quelque chose qu’il vient lui-même de construire. Le personnage n’existait pas une heure auparavant. Maintenant il possède un nom et quelquefois déjà toute une histoire. Ce passage de l’objet au personnage devient alors très visible.

Les parents n’ont pas besoin de diriger toute l’histoire

Un adulte peut vouloir aider. Proposer une intrigue, corriger une phrase ou montrer comment manipuler correctement la marionnette. Mais il faut aussi laisser l’enfant faire. Son histoire n’a pas besoin d’être logique selon les règles d’un adulte.

Il est quelquefois plus intéressant de poser une question. « Et maintenant que fait-il ? » L’enfant trouve sa propre réponse. Si le personnage décide de partir vivre sur la Lune avec un crocodile, très bien. Le jeu appartient d’abord à celui qui l’invente.

Le spectacle de marionnettes apprend aussi à regarder les réactions du public

Dès qu’un enfant joue devant quelqu’un, il remarque ce qui fonctionne. Une phrase fait rire. Alors il la répète. Une autre ne provoque aucune réaction. Il passe rapidement à la suite. Sans s’en rendre compte, il commence déjà à regarder son public.

C’est une première approche très simple du spectacle. Il faut parler suffisamment fort. Faire bouger le personnage. Attendre quelquefois avant de répondre. Tout cela peut venir naturellement, sans cours et sans explication compliquée.

Donner une voix à un objet permet surtout d’ouvrir une porte

Une marionnette reste un objet tant que personne ne décide de la faire vivre. Ensuite tout change. Elle peut parler, avoir peur, raconter une histoire ou contredire celui qui la manipule. L’enfant sait naturellement que rien de tout cela n’est réel. Mais pendant le jeu il accepte cette règle.

C’est probablement ce qui explique pourquoi les objets qui ne parlent pas peuvent pourtant provoquer autant de conversations. L’enfant leur prête sa voix mais garde l’impression qu’ils possèdent quelque chose à eux. Un caractère. Une histoire. Et quelquefois une drôle de manière de voir le monde.

Questions fréquentes sur les enfants, les marionnettes et le jeu

À partir de quel âge un enfant peut-il jouer avec une marionnette ?

Il n’existe pas un âge unique. Les très jeunes enfants peuvent déjà regarder un adulte faire bouger un personnage. Plus tard ils commencent eux-mêmes à le manipuler et à lui donner une voix. Il faut surtout choisir une marionnette adaptée à l’âge et sans petits éléments dangereux.

Faut-il connaitre une histoire avant de jouer avec une marionnette ?

Non. Un personnage peut être utilisé sans histoire préparée. L’enfant peut inventer au fur et à mesure. Une histoire connue comme celle de Pinocchio donne un point de départ, mais elle n’empêche pas de créer ensuite quelque chose de complètement différent.

Est-ce utile de corriger les histoires inventées par l’enfant ?

Pas forcément. Dans le jeu libre, l’objectif n’est pas d’obtenir un récit parfaitement construit. Les contradictions, les changements de rôle et les situations impossibles font partie de l’imagination. L’adulte peut accompagner sans reprendre chaque détail.

Une marionnette peut-elle aider un enfant timide à parler ?

Elle peut quelquefois faciliter l’expression car l’enfant parle à travers un personnage. Mais cela dépend de chaque enfant et il ne faut pas transformer le jeu en exercice obligatoire. S’il veut seulement regarder, cela reste déjà une façon de participer.

Pourquoi les enfants aiment-ils faire plusieurs voix ?

Changer de voix permet de différencier les personnages. Le gentil ne parle pas comme le personnage grognon. L’enfant peut donc passer rapidement d’un rôle à l’autre et montrer qui est en train de parler sans avoir besoin de l’expliquer.